Présentation des responsables de l’axe SHS :

Perig Pitrou Perig Pitrou est anthropologue, directeur de recherche au CNRS à la Maison Française d’Oxford et au Laboratoire d’anthropologie sociale du Collège de France/Université PSL où il dirige l’équipe « Anthropologie de la vie ». Outre son implication dans le PEPR Origines, il est co-porteur de deux programmes internationaux menés en partenariat avec l’University College London : l’Off Earth Atlas (https://offearth.cargo.site) et le projet « To Live and to Build on the Moon » (programme Sophie Germain).

Charlotte Bigg est historienne des sciences, spécialiste des cultures matérielles et visuelles des sciences, du XIXe siècle à aujourd’hui. Elle a été formée aux universités d’Oxford et de Cambridge (Royaume-Uni) puis a travaillé à l’Institut Max Planck pour l’histoire des sciences de Berlin et ETH Zurich, avant de rejoindre le CNRS, Centre Alexandre Koyré.

Pourquoi est-il important d’intégrer les sciences humaines et sociales (SHS) dans l’étude des origines de la vie dans l’Univers ?

La science n’a pas le monopole du discours sur les origines. La question des origines de la vie et de l’univers se pose à toutes les cultures et civilisations et en cela il est légitime de l’étudier par le prisme des sciences humaines et sociales. Elles peuvent éclairer l’émergence du discours scientifique sur les origines et son rapport avec d’autres appréhensions de l’histoire du monde. En replaçant les recherches actuelles sur les origines dans le contexte plus large des récits civilisationnels passés et présents, les SHS aident à mieux cerner les variations culturelles des conceptions de la vie et de ses origines.

Quels sont les enjeux sociétaux liés à ces recherches ?

La question des origines est une question à la fois scientifique et métaphysique, les chercheurs en sont conscients. Comment parler de l’âge de la Terre dans des contextes où le créationnisme est très présent ? Comment parler d’exobiologie aujourd’hui sans prêter le flanc à des spéculations sur des être extraterrestres ? Admettre que ces questions ne relèvent pas seulement de la recherche scientifique permet de mieux appréhender la manière dont ces connaissances sont perçues et intégrées par les publics. La recherche scientifique a en effet une double mission. Établir sur des bases méthodologiques rigoureuses des connaissances sur le monde naturel, sur l’univers, mais aussi trouver les moyens d’expliciter ces découvertes pour un public plus large.

Comment l’origine de la vie et de l’Univers a-t-elle été appréhendée à travers l’histoire ?

Au sein des sociétés occidentales ces derniers siècles la vision religieuse des origines a globalement laissé la place à une appréhension plus séculaire et scientifique. Ce processus s’est réalisé non sans heurts, on pense par exemple aux grands débats du XIXe siècle entre les savants et l’Église concernant l’âge de la Terre ou la théorie darwinienne de l’évolution.

En quoi les collections de la Galerie de géologie et de minéralogie du Muséum National d’Histoire Naturelle sont-elles un outil précieux pour retracer l’évolution des savoirs sur la vie ?

Ces collections sont très anciennes et très riches. Elles documentent l’histoire des pratiques de collectes minérales et des recherches réalisées sur les spécimens à travers l’histoire et jusqu’à aujourd’hui. Elles permettent de tracer, par exemple, l’évolution de ce qui est considéré comme la frontière entre vivant et non-vivant, à partir notamment des fossiles. Aujourd’hui certains spécimens collectés parfois il y a deux siècles retrouvent une nouvelle vie. Par exemple, on trouve grâce à l’instrumentation moderne dans des stromatolites présents dans la collection des organismes microscopiques fossiles qui comptent parmi les plus anciennes traces de vie sur Terre.

Parce que le Muséum n’est pas seulement une institution historique de recherche mais aussi un lieu d’éducation et de vulgarisation, il est aussi depuis longtemps au cœur de l’élaboration, de débat et de controverses publiques concernant les origines.

Par ailleurs, dans le cadre du PEPR, les SHS, en particulier l’anthropologie, participent un travail interdisciplinaire de définition de la vie, de ses origines, de ce que sont les biosignatures, des manières de concevoir la transition du non-vivant vers le vivant. De même que les historiens retracent comment les scientifiques ont redéfini la vie en découvrant de nouveaux objets, les anthropologues observent comment la recherche actuelle en exobiologie combine des savoirs provenant de différents domaines (astrophysique, biologie, chimie, géologie, minéralogie), pour développer une compréhension plus intégrative de la vie. L’enjeu n’est plus seulement d’expliquer l’origine de la vie sur Terre, mais aussi de réfléchir à ses conditions d’apparition ailleurs dans l’univers.

Question sur les origines de la vie dans d’autres cultures ?

Si on adopte une méthode comparatiste pour examiner comment les sociétés humaines, sur tous les continents, ont élaboré des mythes d’origines sur les origines de la Terre et de la vie, on envisage l’émergence de la science dans une perspective élargie. Sans nullement mélanger science et mythe, il intéressant de retracer comment les humains ont développé des raisonnements très synthétiques (combinant observation des animaux, des végétaux, des minéraux, des objets célestes) pour comprendre l’origine de la vie. Cet effort pour combiner des observations très hétérogènes et pour les organiser fonde ce que Lévi-Strauss appelait la « science du concret » dont il est toujours intéressant de retracer les linéaments.



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